Objectivité et antagonisme

A l’origine une revue d’information boursière fondée en 1966, Valeurs Actuelles est aujourd’hui l’un des principaux hebdomadaires d’opinion. Depuis 5 ans, il est l’un des seuls magazines français à connaitre un accroissement de ses ventes. Les étudiants de l’HEJ sont allés à la rencontre de la rédaction pour tenter de comprendre ce phénomène.

Une opposition qui fait vendre

« Ce que l’on a vécu pendant 5 ans était un peu parfait pour un journal comme Valeurs Actuelles qui se positionne dans l’opposition à François Hollande » confie Geoffrey Lejeune, directeur de rédaction. L’hebdomadaire a connu une augmentation de ses ventes avoisinant les 15% en 2014  avec  plus de 110 000 exemplaires vendus par semaines. Cette tendance place alors le magazine devant Libération ( 96 731 exemplaires en 2014 ) à seulement quelques encablures en dessous des Echos ( 124 423 exemplaire la même année ). « Hollande était un peu notre VRP pendant ces années, c’est-à-dire que tout ce qu’on disait était prouvé au quotidien par, disons, la nullité du personnage et de son bilan. Cette dépréciation était reconnue par des personnes qui allaient bien au-delà des frontières de notre lectorat » continue le directeur de rédaction.

Un design offensif

A la fin de la conférence de rédaction, le directeur de publication et fondateur, Yves de Kedrel se hâte hors de la salle avec une partie de son équipe. Geoffrey Lejeune nous rapporte alors : « Il y a une deuxième raison au succès de notre magazine. Il y a cinq ans, un changement de direction a eu lieu avec la nomination d’Yves de Kedrel. Il a apporté un management très dynamique et une volonté de croissance ultra affirmée. Donc on s’est un peu bougé pour le journal pour avoir de nouvelles méthodes et être un peu plus offensif ». C’est ainsi que Valeur Actuelle a changé de maquette pour revêtir une couverture plus percutante. Les titres et les illustrés ont été ajustés avec un ton alarmiste. Valeur Actuelle et devenu « Valeurs » avec un Actuelle design. Le magazine est bien devenu un porte étendard de l’opposition traditionnaliste, augmentant d’un tiers le nombre de ses ventes depuis 2013.

L’équilibre entre information et opinion politique

«  Avec Macron, c’est beaucoup plus difficile. On voit bien qu’il est bien plus difficile à cerner et à attraper que Hollande. Charlotte (d’Ornellas, membre de la rédaction NDR) disait, ça nous oblige à être intelligents. Ce n’est pas faux du tout. On est obligé de prendre ce qu’il dit, ce qu’il fait, de le décortiquer, de faire de la pédagogie. Et la pédagogie, c’est beaucoup moins vendeur que l’opposition frontale. » Rapporte Lejeune. Si la pédagogie est la science de l’éducation aux enfants, les élèves posèrent la question du public visé par la revue. Le fondateur répond : « Je dirais que ce sont des parents. C’est-à-dire que tous les jeunes ne lisent le journal qu’au domicile de leurs parents puis ils le quittent et ne le lisent que quand ils sont à nouveau devenus des parents. C’est une question de maturité. Ensuite, ils appartiennent à une élite, intellectuelle, de cadres. On ne peut être populaire pour une raison très simple : c’est que notre style, notre langue, appelle de la réflexion ». Toute l’équipe se mobilise pour écrire ce qui semble faire plaisir à son lectorat. « Vous dépendez en quelque sorte de votre public. Vous avez une personnalité qui est reliée à lui » insiste François d’Orceval.

Ainsi, à cette conférence de rédaction du 24 janviers 2018, le sujet est lancé sur les djihadistes français, sur l’incertitude quant au pays de leur futur jugement. Un consensus apparait autour de la table, dans une jovialité antagoniste aux propos. Lejeune, souriant, se tourne vers les élèves d’HEJ et conclu: « Je pense que c’est un sujet sur lequel les gens sont tous d’accord. A 90 %, les français sont d’accord sur le fait qu’ils préféraient qu’ils meurent. Là notre valeur ajoutée va être de mettre les pieds dans le plat et de dire ce que tout le monde pense. Vous voyez ce que je veux dire ? ». Il est vrai que la pensée djihadiste flatte la mise à mort.

 

 

Axel Vilamot